Pendant la plus grande partie de l’année dernière, l’architecte paysagiste belge Bas Smets se promenait avec détermination sur l’île de la Cité, dans le centre de Paris, regardant et pensant à la cathédrale Notre-Dame.

Par une journée de chaleur torride dans la capitale française, il est de retour, montrant du doigt le monument, toujours enveloppé d’échafaudages après avoir été ravagé par un incendie dévastateur en avril 2019.

« Je l’ai fait si souvent, elle est comme un vieil ami », dit Smets. « C’est le berceau même de Paris, le cœur de la ville ».

Tous les regards et les réflexions ont porté leurs fruits pour Smets, qui a remporté cette semaine un concours international pour réaménager les alentours de la cathédrale.

Bas Smets à Notre Dame.
Bas Smets à Notre Dame. Photo : Kim Wilsher/The Guardian

Son plan ambitieux, qui a recueilli le soutien unanime du jury, prévoit davantage d’arbres, un système de refroidissement astucieux pour la grande zone située devant la cathédrale en cas de canicule, ainsi qu’un nouveau centre d’accueil et un musée archéologique dans le parking désormais abandonné situé sous la place principale et donnant sur les berges de la Seine.

« Quand ils m’ont dit que nous avions gagné, je ne pouvais pas y croire. C’était tellement émouvant. C’est un tel honneur de faire partie de la riche histoire de ce lieu. Notre objectif est d’essayer de glorifier ce merveilleux monument », déclare M. Smets.

« Avant, mes amis parisiens ne venaient jamais ici et je me demandais pourquoi. C’est un espace magnifique sur une île près de l’eau. Nous voulons faire revenir les gens et le faire vivre. »

Son projet de création d’un espace plus ouvert et plus convivial pour les piétons sur les 4 500 mètres carrés autour de la cathédrale Notre-Dame, d’un coût de 50 millions d’euros (34 millions de livres sterling), est financé par la mairie de Paris et a été choisi parmi une liste de quatre candidats.

La cause de l’incendie du 15 avril 2019, que les pompiers ont mis 15 heures à maîtriser, n’est toujours pas connue. Aujourd’hui, comme la cathédrale elle-même, la majeure partie de la zone à « réinventer » est fermée au public pour des raisons de sécurité : les travaux de reconstruction du bâtiment se poursuivent et l’on craint une contamination après que le toit en plomb de la cathédrale a été consumé par les flammes qui l’ont traversé en détruisant Le Forêt, la structure du toit en bois et en faisant s’écrouler la flèche de 45 mètres de haut.

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La conflagration a épargné la célèbre façade gothique et les tours jumelles contenant les cloches qui ont sonné au couronnement de l’empereur Napoléon Bonaparte et à la mort du président Charles de Gaulle.

Alors qu’une vague d’émotion publique a balayé la France après l’incendie, le président Emmanuel Macron a promis que la cathédrale retrouverait sa gloire d’antan d’ici 2024, date à laquelle la plupart des grands travaux de reconstruction devraient être terminés et la cathédrale rouverte. L’équipe de M. Smets commencera à transformer la zone qui l’entoure en 2025 et il espère que tout sera terminé en 2027.

Une grande place continue sera créée entre l'abside et la Seine autour d'une généreuse pelouse.
Une grande place continue sera créée entre l’abside et la Seine autour d’une généreuse pelouse. Photographie : © Studio Alma pour le Groupement BBS

Smets dit que sa relation avec Notre-Dame remonte à 40 ans. Il se souvient avoir vu le monument pour la première fois lorsqu’il avait sept ou huit ans et qu’il visitait Paris avec ses parents.

« Je me souviens de ce moment de douceur où je me suis retrouvé devant la façade imposante avec ses deux tours mais aussi à taille humaine… Notre-Dame n’est pas sur une colline lointaine, elle est proche des gens et de la Seine », dit-il après l’annonce de sa victoire.

« Nous voulons créer différentes façons de voir et d’explorer Notre Dame et nous nous sommes également inspirés de la manière britannique d’avoir de grandes pelouses près de l’église où les gens peuvent s’asseoir et la regarder et où les enfants peuvent jouer », ajoute Smets.

Assis dans un café local, M. Smets feuillette les plans gagnants sur sa tablette ; son projet, élaboré en collaboration avec deux cabinets d’architectes français, a été choisi à l’issue d’un concours international jugé par un jury composé de représentants de la ville et de l’église, ainsi que de personnes impliquées dans la reconstruction de Notre-Dame. Des résidents et des commerçants locaux ont également été consultés.

Environ 12 millions de touristes visitaient Notre-Dame chaque année avant l’incendie, ce qui constituait un défi pour l’architecte paysagiste, qui affirme avoir adopté une approche centrée sur le climat pour ce projet.

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M. Smets dit qu’il a vu le parvis de la cathédrale comme une sorte de « clairière » entourée d’arbres donnant de l’ombre à ceux qui font la queue pour la visiter en été et créant de nouvelles vues sur la Seine. L’idée est de repaver la zone avec des pierres provenant d’une douzaine de carrières françaises, taillées exactement à la même taille que les carreaux à l’intérieur de la cathédrale. Un système de refroidissement du sol sera ensuite installé pour envoyer une nappe d’eau de 5 mm sur la place devant la cathédrale pendant l’été. Cela abaissera la température de la zone de plusieurs degrés, produira un microclimat autour de la cathédrale et créera un premier plan chatoyant et réfléchissant pour les photographies des touristes.

Un autre défi consistait à créer un espace plus vert et à planter davantage d’arbres sans obstruer les vues « protégées » de la cathédrale. Ce défi a été relevé en plantant de nouveaux arbres selon un schéma précis derrière les arbres existants.

Les jardins au sud de la cathédrale.
Les jardins au sud de la cathédrale. Photographie : © Studio Alma pour le Groupement BBS

Il fusionnera également le patchwork actuel de parcs, de routes et d’espaces riverains entourant le monument, en plantant 30% d’arbres et de verdure supplémentaires. Les clôtures autour du parc situé derrière la cathédrale seront supprimées et des pelouses seront plantées le long de la Seine.

« Nous devons préparer la ville au changement climatique. Nous nous sommes donc demandé comment créer un espace public qui abaisse la température et produit un microclimat », explique M. Smets.

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Smets, 47 ans, qui partage son temps entre Paris et Bruxelles, et son équipe de 20 architectes et paysagistes ont réalisé plus de 50 projets dans 12 pays. Il est surtout connu en France pour avoir développé le parc des Atéliers autour de la tour Luma à Arles, conçue par l’architecte américain Frank Gehry. À Londres, il a créé une « cour à effet jungle » pour l’hôtel Mandrake à Fitzrovia ainsi qu’un jardin en contrebas pour la maison de la collectionneuse d’art et philanthrope Maja Hoffmann, qui a financé la Luma.

« La cathédrale a été un témoin du changement pendant 800 ans. Pendant tout ce temps, vous pouvez voir que l’île qui l’entoure a changé, que les bâtiments autour d’elle ont changé, mais que NotreDame est restée la même », explique M. Smet.

« En redessinant la zone qui l’entoure, nous remettons Notre-Dame au cœur de toute la ville ».

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