La police morale iranienne (Gasht-e Ershad, en persan), est revenue sur le devant de la scène internationale suite au décès de la jeune Mahsa Amini – décédée le 16 septembre dernier à Téhéran alors qu’elle était détenue par l’appareil disciplinaire iranien pour ne pas avoir porté correctement le voile Islamique – est passé sous le collimateur de Washington.

Les États-Unis ont imposé des sanctions à la police morale iranienne, les accusant d’abus et de violences contre les femmes iraniennes et les tenant responsables de la mort de Mahsa Amini, 22 ans. Comme l’indique une note du Trésor américain, sept hauts responsables de l’armée et de la sécurité iraniennes ont été sanctionnés, dont le chef des forces terrestres de l’armée iranienne. « Nous condamnons cet acte dans les termes les plus durs et appelons le gouvernement iranien à mettre fin à la violence contre les femmes », a déclaré la secrétaire au Trésor Janet Yellen.

L’histoire d’Amini a remis sur le devant de la scène l’appareil disciplinaire iranien, soulevant la question de la responsabilité et de l’impunité dont jouissent les élites cléricales du pays. Depuis des jours, des centaines de manifestants contestent la dure répression et appellent à l’abolition des forces de sécurité appelées « patrouilles de la mort ».

Parce que la police morale iranienne est née

La police morale est un organisme d’application de la loi iranien créé en 2005 avec pour tâche d’arrêter les personnes qui violent le code vestimentaire. Selon la loi iranienne, basée sur l’interprétation de la charia, les femmes sont obligées de se couvrir les cheveux d’un hijab (voile) et de porter des vêtements longs et amples pour masquer leur silhouette.

La police morale est donc chargée de faire respecter le code vestimentaire des femmes introduit au lendemain de la fin de la révolution islamique iranienne en 1979, qui a transformé la monarchie du pays en une république islamique chiite, dont la constitution s’inspire de la loi coranique. Dans l’islam, le hijab relève de ce qui est considéré comme un vêtement modeste.

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Le 7 mars 1979, le chef de la révolution, l’ayatollah Ruhollah Khomeini, décrète que le hijab serait obligatoire pour toutes les femmes au travail et qu’il considère les femmes non couvertes comme « nues ». Les autorités iraniennes visaient à obliger les femmes à s’habiller modestement.

Le décret, cependant, n’avait pas été accueilli favorablement. Plus de 100 000 personnes, pour la plupart des femmes, se sont rassemblées dans les rues de Téhéran le lendemain – Journée internationale de la femme – pour protester contre l’exigence du hijab. En 1983, le parlement a décidé que les femmes qui ne se couvraient pas les cheveux en public pouvaient être punies de 74 coups de fouet. Plus récemment, le législateur a introduit un amendement à la loi, ajoutant une peine de prison pouvant aller jusqu’à 60 jours.

Jusqu’en 2005, année de la création du Gasht-e Ershad, les codes vestimentaires étaient appliqués de manière informelle par d’autres forces de l’ordre et unités paramilitaires iraniennes. La police morale est souvent composée et soutenue par le Basij, une force paramilitaire initialement mobilisée pour combattre dans la guerre entre l’IRA et l’Irak dans les années 1980. Basij est présent dans toutes les universités iraniennes pour surveiller l’habillement et le comportement des gens, car les universités sont les lieux où les hommes et les femmes étudient et suivent des cours ensemble pour la première fois depuis le début de leurs études.

La police morale est souvent critiquée par le public pour son approche brutale. Les personnes arrêtées par la police morale reçoivent un avertissement ou, dans certains cas, sont emmenées dans des « établissements correctionnels » ou un poste de police où on leur apprend à s’habiller ou à se comporter moralement avant d’être remises à leurs proches masculins. Les femmes sont souvent détenues et libérées uniquement lorsqu’un parent semble fournir des assurances de stricte conformité avec les normes vestimentaires. Des amendes sont parfois imposées, même s’il n’y a pas de règle générale sur la sanction pécuniaire.

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Une nouvelle pression a récemment été introduite par le gouvernement iranien pour l’utilisation du foulard. Le 15 août, le président Ebrahim Raisi, un religieux intransigeant élu l’an dernier, a signé un décret pour faire appliquer la loi sur le hijab et la chasteté. En vertu de la règle, les femmes qui publient leurs photos sans le hijab sur les réseaux sociaux sont privées de certains droits sociaux pendant une période comprise entre six mois et un an, comme entrer dans les bureaux du gouvernement, les banques ou les utiliser dans les transports en commun. Le gouvernement iranien prévoit également d’utiliser des technologies de reconnaissance faciale dans les transports publics pour identifier les femmes qui ne portent pas de hijab.

La vague de protestations

Les restrictions du mois dernier ont entraîné une augmentation des arrestations, mais ont également déclenché une vague de manifestations de nombreuses femmes qui, en signe de protestation, ont décidé de ne pas porter le voile en public dans diverses villes iraniennes, filmant et partageant des vidéos sur leurs profils sociaux. Ce qui s’enregistre ces jours-ci ne sont donc pas les premières protestations contre le port obligatoire du hijab, sur lesquelles citoyens et membres du régime iranien sont divisés. Une enquête menée par un centre de recherche lié au parlement en 2018 a révélé que le nombre de personnes favorables à une action gouvernementale sur le respect du foulard obligatoire a diminué.

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