Trente milliards de dollars. C’est la valeur estimée des 34 accords commerciaux que le président chinois Xi Jinping a signés avec le roi d’Arabie saoudite, Salman bin Abdulaziz, lors de sa visite de trois jours à Riyad qui se termine demain 10 décembre. Accueilli avec tous les honneurs d’État par le roi et prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane, Xi a remporté un nouveau succès pour la diplomatie chinoise au Moyen-Orient. Au détriment des États-Unis.

Les États-Unis perdent du terrain au Moyen-Orient

Mohammad bin Salman (également connu sous le nom de Mbs) se propose comme intermédiaire entre la Chine et les pays arabes dans une région où les États-Unis ont des accords commerciaux caractérisés par des désaccords et des sanctions envers certains pays de la région, comme l’Iran. En juillet dernier seulement, le prince héritier saoudien accueillait le président Joe Biden à Riyad au milieu de profondes divergences sur la politique énergétique mondiale, exacerbées par le déclenchement de la guerre en Ukraine. Depuis le début du conflit en Ukraine, Riyad n’a jamais condamné les actions du Kremlin, exprimant son intérêt à maintenir de bonnes relations avec la Russie, qui fait en fait partie de l’OPEP+, l’Organisation des pays exportateurs de pétrole.

Le dernier clash entre Washington et Riyad concerne la décision de l’OPEP+ (dont l’Arabie saoudite est l’un des principaux acteurs) de réduire la production de pétrole d’environ deux millions de barils par jour. Un choix qui a déplu aux États-Unis, qui avaient tenté de pousser Riyad à augmenter sa production pour équilibrer la hausse des prix sur le marché mondial.

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Washington a en effet lu les actions de l’OPEP+ comme un choix politique et pour souligner une vision désormais claire des différents pays du Moyen-Orient : les États-Unis sont désormais considérés comme un partenaire distant et peu fiable. De toute évidence, les États-Unis ne voient pas d’un bon œil la lourde présence de la Chine au Moyen-Orient, à tel point qu’ils ont qualifié les mesures prises par Pékin de « tentatives » d’accroître son influence dans le monde. Bref, les États-Unis ne veulent pas laisser un vide qui pourrait être comblé par la Chine, la Russie ou l’Iran.

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Les accords entre Pékin et Riyad

C’est dans cette fracture entre les États-Unis et le Moyen-Orient que la Chine entre pour renforcer sa présence dans la région et tenter de mettre la présence américaine au second plan. Le dirigeant chinois célèbre aujourd’hui les 34 accords bilatéraux basés principalement sur l’approvisionnement énergétique. Riche en ressources fossiles, le pays du Golfe joue en effet un rôle crucial dans la future diversification énergétique de la Chine, proposant des projets ambitieux visant à diversifier l’économie chinoise à partir des énergies fossiles.

Dans les accords bilatéraux, une place est réservée aux transports, à la logistique, à la santé, au cloud, mais surtout à l’énergie et à l’hydrogène, ainsi qu’au photovoltaïque et aux technologies de l’information. Un accord de coopération et d’assistance judiciaire en matière civile et commerciale, un mémorandum pour l’enseignement de la langue chinoise et un protocole d’accord pour encourager les investissements directs ont également été signés.

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Des accords qui apparaissent comme un cadeau que la Chine fait au prince héritier saoudien, déjà fort d’une balance commerciale en faveur de Riyad : 57 milliards d’exportations contre 30,3 milliards d’importations. La relation entre Pékin et Riyad est principalement soutenue par le pétrole. L’Arabie saoudite est le premier fournisseur de pétrole brut de la Chine (81 millions de tonnes exportées en 2021) et la Chine est le premier partenaire commercial du royaume saoudien. Dans la région du Golfe, Riyad est arrivée en tête de liste des destinations d’investissements étrangers chinois au cours des 20 dernières années, totalisant 106,5 milliards de dollars, devant le Koweït avec 97,6 milliards de dollars et les Emirats Arabes Unis avec 46 milliards de dollars, selon les données de Janes IntelTrak.

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Pour Mbs, le prince héritier saoudien, la Chine est un excellent soutien du projet de développement économique saoudien « Vision 2030 » et en même temps le pays du Golfe soutient le méga projet d’infrastructure chinois de la Ceinture et la Route. Selon Xi qui a inauguré une « nouvelle ère » dans les relations avec Riyad, la Chine entend participer activement à l’industrialisation de l’Arabie saoudite et à la diversification de son économie, à travers le renforcement des politiques énergétiques et commerciales du pétrole.

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Rien que de l’huile

De retour sur la scène mondiale après deux ans d’isolement dans le pays en raison de la pandémie de coronavirus, Xi présente sa perspective régionale. Aujourd’hui, 9 décembre, s’est tenu le premier sommet bilatéral entre la Chine et les pays arabes, avec une douzaine de dirigeants de la région, dont l’Égyptien Abdel Fattah al-Sisi, le Tunisien Kais Saied, le Soudanais Abdel Fattah al-Burhan, l’Irakien Mohammed Shia al-Sudani, le Marocain Aziz Akhannouch, le Libanais Najib Mikati et le Palestinien Mahmoud Abbas.

Xi a eu un succès depuis le sommet : augmenter les importations de pétrole brut et de gaz naturel liquéfié des pays du Golfe à payer en yuan, la monnaie chinoise, contournant ainsi le dollar américain. Outre les relations économiques, les dirigeants des pays arabes ont trouvé des appuis dans le domaine des droits de l’homme : la Chine ne soutient pas les critiques occidentales sur la violation des droits de l’homme.

L’importance des États-Unis pour le commerce des armes

Si les pays arabes misent sur le pétrole pour renforcer les accords commerciaux avec le géant asiatique, ils veillent cependant à protéger les échanges d’armes avec les USA. En fait, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis comptent sur Washington pour la fourniture de matériel militaire : rien qu’en août, l’administration Biden a approuvé une vente d’une valeur de trois milliards de dollars de matériel militaire. De plus, le matériel américain est difficile à remplacer par ce que la Chine a à offrir.

Mais suffira-t-il à Washington de tirer parti des rapports sur les armements pour garder à ses côtés les pays arabes qui se sentent « abandonnés » par les États-Unis ?

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