Te débat télévisé des candidats entre les deux tours de l’élection présidentielle française a été un tradition politique depuis près de 50 ans et est considéré comme ayant fait basculer le résultat à plusieurs reprises, notamment lors de courses serrées.

1974 : François Mitterrand contre Valéry Giscard d’Estaing

Le premier débat présidentiel en direct en France oppose le premier secrétaire du parti socialiste au ministre des finances centriste. On se souvient surtout de la riposte cinglante du vainqueur Giscard à son rival, qui avait soutenu que la redistribution des richesses devait être « une question de cœur, pas seulement d’intelligence ». Giscard a répondu : « Vous n’avez pas le monopole du cœur, Monsieur Mitterrand ».

Valéry Giscard d'Estaing (à gauche) et François Mitterrand se préparent pour un débat électoral télévisé en mai 1974.
Valéry Giscard d’Estaing (à gauche) et François Mitterrand se préparent pour un débat électoral télévisé en mai 1974. Photo : AFP/Getty Images

1981 : Mitterrand contre Giscard

Les deux hommes se retrouvent sept ans plus tard, Mitterrand voulant prendre sa revanche. Giscard tente de faire la leçon à son challenger, lui demandant de citer le taux de change entre le franc français et le mark allemand, ce qui amène Mitterrand à riposter : « Je ne suis pas votre élève ! ». Mais c’est le socialiste qui porte le coup de grâce. « Vous ne voulez pas parler du passé, je le comprends naturellement », dit-il au président sortant, avant de qualifier délibérément Giscard de « l’homme du passé », distant et patricien.

1988 : Mitterrand contre Jacques Chirac

En 1988, Mitterrand, lui-même président sortant, affronte son premier ministre de centre-droit. Le premier chef d’État socialiste français s’est illustré lors de leur débat par une rebuffade mémorable après que Jacques Chirac l’a appelé à plusieurs reprises « M. Mitterrand », au motif que « ce soir, je ne suis pas le Premier ministre et vous n’êtes pas le Président de la République… Nous sommes deux candidats égaux ». Nous sommes deux candidats égaux ». Mitterrand réplique froidement : « Vous avez tout à fait raison – Monsieur le Premier ministre ». Il est réélu.

1995 : Chirac contre Lionel Jospin

Cette fois-ci, Chirac a gagné contre un nouveau rival socialiste, mais leur confrontation télévisée excessivement polie a été largement oubliée, à l’exception d’un aparté de Jospin, qui faisait campagne pour réduire le mandat présidentiel de sept à cinq ans, selon lequel le pays préférerait sûrement avoir « cinq ans de Jospin que sept ans de Chirac ». Le pays en a décidé autrement.

Lionel Jospin (à gauche) et Jacques Chirac participent à un débat télévisé quatre jours avant le second tour de l'élection présidentielle de 1995.
Lionel Jospin (à gauche) et Jacques Chirac assistent à un débat télévisé quatre jours avant le second tour de l’élection présidentielle de 1995. Photographie : AFP/Getty Images

2002 : Pas de débat

Au lendemain du séisme politique déclenché par l’accession au second tour de Jean-Marie Le Pen, Jacques Chirac refuse de débattre avec le leader d’extrême droite du Front national (et père de Marine), déclarant : « Face à l’intolérance et à la haine, aucun compromis, aucun débat, n’est possible. Il faut avoir le courage de ses convictions et la constance de ses engagements ». Il a ensuite battu l’ancien parachutiste à plate couture, bien que ce dernier l’ait accusé de « se défiler ».

2007 : Ségolène Royal contre Nicolas Sarkozy

La candidate socialiste, première femme à se présenter à un second tour de la présidentielle française, n’a pas supporté ce qu’elle a considéré comme la condescendance du ministre de l’intérieur de centre-droit lors d’un échange sur l’éducation des enfants ayant des difficultés d’apprentissage. Après que M. Sarkozy lui a dit de « se calmer et d’arrêter de me montrer du doigt », Mme Royal a répondu : « Non, je ne me calmerai pas ! » Sarkozy a insisté : « Pour être président de la République, il faut être calme ». Royal réplique : « Non, pas quand il y a une injustice ! Une colère saine correspond à la souffrance des gens. C’est la colère que j’aurais en tant que présidente. » Elle n’a pas convaincu les électeurs.

Nicolas Sarkozy serre la main de Ségolène Royal avant le début de leur débat télévisé en 2007.
Nicolas Sarkozy serre la main de Ségolène Royal avant le début de leur débat télévisé en 2007. Photographie : Thomas Coex/AFP/Getty Images

2012 : Sarkozy contre François Hollande

Cherchant à se faire réélire, Sarkozy, au verbe dur, a raillé le candidat socialiste sans ménagement, le traitant à un moment donné de  » petit calomniateur  » et l’accusant carrément de mentir. Hollande, qui avait fait campagne en promettant d’être un « président normal », contrairement à Sarkozy qui occupe le palais de l’Élysée de façon « bling bling », a trouvé la riposte parfaite, en prononçant une série de déclarations extemporanées de trois minutes commençant toutes par « En tant que président de la République, je… » qui, pour une fois, a laissé son rival de droite sans voix. Hollande a remporté la victoire.

2017 : Emmanuel Macron contre Marine Le Pen

Le débat de 2017 entre le centriste et sa rivale populiste d’extrême droite est largement considéré comme ayant fait perdre six points au score final de Marine Le Pen au second tour, tant elle a été brutalement démantelée par l’ancien ministre socialiste de l’économie. Trop agressive dès le départ, la dirigeante du Rassemblement national s’est montrée de plus en plus confuse, tapant dans ses notes alors que Macron soulignait calmement ses idées fausses et ses lacunes politiques. À son affirmation selon laquelle il était « le candidat de la mondialisation sauvage, de l’Uberisation, de la précarité sociale » alors qu’elle était « la candidate du peuple », il a riposté : « Vous avez, en tout cas, largement démontré que vous n’êtes guère le candidat de la finesse. »

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