Quelques semaines après l’entrée d’Emmanuel Macron à l’Élysée pour un second mandat de cinq ans, les électeurs français pourraient décider de paralyser leur leader fraîchement réélu en le contraignant à une « cohabitation » politique qui paralyserait le pays.

Le premier tour des élections législatives s’ouvre dimanche pour décider qui occupera les 577 sièges de l’Assemblée nationale.

L’essentiel du bruit et de la fureur politiques en France s’est concentré sur les élections présidentielles d’avril, mais M. Macron a maintenant besoin d’une majorité parlementaire pour faire passer son programme au cours des cinq prochaines années.

Cohabitation – une situation dans laquelle le président est confronté à une majorité d’opposition au parlement – obligerait à des compromis sur la législation et mettrait fin à toute tentative de mener à bien ses réformes les plus controversées, notamment le relèvement de l’âge de la retraite.

La plus grande menace pour Macron vient d’une coalition de groupes de la gauche française fracturée, nommée Nupes – La Nouvelle Union Populaire, Ecologique et Sociale (la Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale) dirigée par Jean-Luc Mélenchon, leader du mouvement anti-atlantiste et anti-européen La France Insoumise (LFI).

Les sondages suggèrent qu’Ensemble, la coalition centriste de Macron, est à égalité avec Nupes, et bien que les analystes politiques suggèrent que l’alliance de la gauche radicale a peu de chances d’obtenir une majorité, elle pourrait priver Macron de 40 sièges et du contrôle de la chambre basse.

Dans le passé, lorsque la France a élu un président, elle a logiquement élu un gouvernement qui le soutient avec une majorité de travail. Cependant, Mélenchon, le troisième homme du vote présidentiel d’avril, a donné un nouveau souffle à la gauche française avec sa coalition de verts, de communistes et de socialistes qui attire le soutien des jeunes urbains ; les enquêtes suggèrent que 44% des 18-24 ans soutiennent Nupes.

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Le leader d'extrême-gauche Jean-Luc Mélenchon
Le leader d’extrême-gauche Jean-Luc Mélenchon, de retour en mode combat à Marseille la semaine dernière. Photo : Daniel Cole/AP

Manon Aubry, membre du parti européen de La France Insoumise, a déclaré que la campagne « Faites de moi le Premier ministre » de Mélenchon a été efficace.

« Pour la première fois dans l’histoire de la Cinquième République, la campagne de Mélenchon a été efficace. [since 1958] le président élu n’est pas certain d’avoir une majorité absolue. Nous avons créé un énorme intérêt autour de Nupes ; la campagne a tourné autour de nous. Nous sommes considérés comme une mauvaise ou une bonne chose, mais c’est de nous qu’il s’agit », a déclaré Aubry au Observer.

« La panique que cela a provoqué, la caricature et la calomnie dont nous avons fait l’objet, montre l’incertitude et la peur de l’autre camp. Ils ont très peur. »

Le politologue Pascal Perrineau, directeur de recherche politique à SciencesPo, a déclaré qu’il n’y avait pas eu de « période de lune de miel » pour Macron après l’élection présidentielle d’avril, ni de véritable campagne parlementaire de son parti.

« A part Jean-Luc Mélenchon, qui en a fait un spectacle, personne n’a réussi à faire campagne », a déclaré Perrineau à l’AFP. Le Parisien.

Éliminé de justesse de l’élection présidentielle le 10 avril, Mélenchon, 70 ans, a reconnu sa défaite et a laissé entendre qu’il était prêt à prendre du recul pour laisser une nouvelle génération prendre le relais. Nous étions si près du but, mais[…]les plus jeunes me diront : « On n’a pas gagné, mais on n’était pas loin, hein ? Fais mieux » », avait-il déclaré à l’époque. Neuf jours plus tard, Mélenchon était de nouveau d’humeur combative, qualifiant le vote législatif de « troisième tour » et demandant aux électeurs de l’élire Premier ministre.

Élections françaises

Mélenchon ne se présente pas aux élections, et les règles constitutionnelles stipulent que c’est la prérogative du président, et non du parlement ou du peuple, de décider qui dirige le gouvernement, mais il pourrait néanmoins être nommé Premier ministre si Nupes, qui a le soutien d’économistes de gauche dont Thomas Piketty, obtient la majorité.

Il est difficile de savoir comment cela fonctionnerait dans la pratique, car les deux hommes sont en désaccord sur presque tout. Mélenchon a promis de détricoter les changements du premier mandat de Macron et de réduire l’âge de la retraite à 60 ans, de rétablir l’impôt sur la fortune et d’augmenter les pensions et le salaire minimum.

Trois experts en droit constitutionnel écrivent dans un magazine juridique la semaine dernière, ont suggéré avec un admirable understatement que Macron et Mélenchon fonctionneraient d’une « manière conflictuelle ». « Il serait certainement paradoxal de voir le peuple faire deux choix politiques opposés à deux mois d’intervalle et de refuser au nouveau chef de l’État les moyens de gouverner », ont-ils écrit, ajoutant : « En ces temps incertains de perte de repères et de mobilisation électorale aléatoire, l’hypothèse ne peut être écartée. »

« Nous avons déjà connu des cohabitations et cela ne signifie pas le chaos », a déclaré Mme Aubry. « Le président est responsable des affaires étrangères, mais avec une majorité à l’Assemblée nationale, nous choisirions le gouvernement et dirigerions le pays », a ajouté Mme Aubry.

Si aucun parti n’obtient la majorité absolue, chaque proposition de changement législatif soumise à la chambre basse nécessitera de forger des alliances. Perrineau estime qu’une majorité absolue pour Nupes est « totalement impossible ». « Mélenchon fait semblant d’y croire, il espère seulement être le premier groupe d’opposition. Macron vient d’être choisi, les Français ne sont pas stratégiques au point de le priver de la possibilité d’appliquer sa politique », a-t-il déclaré aux journalistes français.

L’abstention est un autre facteur inconnu, les sondages indiquant qu’elle pourrait atteindre 54%.

Jeudi, Macron a appelé les électeurs à lui donner une « majorité claire et forte » et a averti que les « extrêmes », c’est-à-dire Nupes et le Rassemblement national d’extrême droite, cherchent à « briser des alliances comme l’OTAN … et à remettre en question l’Europe ». À propos de Mélenchon, il a déclaré la semaine dernière : « Il est rare de gagner une élection quand on ne se présente même pas », ajoutant : « Le président choisit la personne qu’il veut : « C’est le président qui choisit au parlement la personne qu’il nomme premier ministre. Aucun parti politique ne peut imposer un nom au président. »

Assemblée Nationale
Les élections législatives permettront de déterminer qui occupera les 577 sièges de l’Assemblée nationale. Photographie : Remon Haazen/ZUMA Press Wire/REX/Shutterstock

Malheureusement, ses démarcheurs politiques disent avoir constaté que les électeurs sont « très peu motivés, voire complètement perdus ».

Tout candidat qui obtient la majorité absolue des voix et au moins un quart des électeurs inscrits est immédiatement élu. Dans le cas contraire, les candidats ayant obtenu au moins 12,5 % des voix passent au second tour dimanche prochain. Les premiers résultats, basés sur les votes comptés dans les bureaux de vote considérés comme représentatifs de la France, seront publiés à 20 heures dimanche. Les résultats définitifs seront annoncés tôt dans la matinée de lundi.

Nupes a besoin d’au moins 289 sièges pour obtenir une majorité parlementaire. La dernière période de « cohabitation » en France remonte à 1997-2002, lorsque le président de centre-droit Jacques Chirac a été contraint de nommer le dirigeant socialiste Lionel Jospin au poste de premier ministre après avoir perdu sa majorité parlementaire. .

Les chances d’une majorité Nupes sont néanmoins longues. Le dernier sondage Ifop-Fiducial suggère que l’alliance obtiendra jusqu’à 205 sièges. Cela serait bien loin d’une majorité mais l’établirait comme le principal parti d’opposition et lui permettrait de prétendre à un certain nombre de postes administratifs clés au sein de la Chambre. Le même sondage suggère que l’Ensemble de Macron terminera avec 250-290 sièges.

Les groupes de gauche de Nupes ont collectivement remporté une soixantaine de sièges lors de l’élection de 2017, contre environ 350 pour les alliés de Macron.. Si l’Ensemble de Macron ne parvient pas à obtenir une majorité absolue, il aura besoin du soutien du courant dominant de droite Les Républicains ou des modérés du Parti socialiste.

Depuis 2002, date à laquelle le calendrier a été modifié pour que les élections présidentielles et législatives aient lieu la même année, les Français n’ont jamais manqué de donner à leurs présidents une majorité parlementaire. La question est de savoir si cela sera le cas cette fois-ci.

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